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Tout au long du 19ème siècle des hommes ont tenté l'aventure de faire rouler des machines sur les routes de l'époque. Souvent l'aventure a tourné court après un nombre considérable de pannes.
Les carrosses flanqués d'une lourde chaudière devaient être mis en service sans délai pour rentabiliser l'investissement et n'étaient pas encore au point, d'où l'avanche de pannes et abandon du projet.
Un homme a pris le temps de mettre au point sa voiture.
Cet homme, c'est Amédée Bollée (1844 - 1917), fils d'Ernest Sylvain Bollée, fondeur de cloches installé au Mans.
A 12 ans, Amédée Bollée quitte l'école et entre à la fonderie où son père va tout lui apprendre.
Esprit curieux, il visite l'exposition universelle de 1867 où il voit une diligence à vapeur qui lui donne l'idée de créer sa propre diligence à grande vitesse.
Méthodique, il prend le temps de concevoir sa diligence en trouvant peu à peu les solutions les plus rationnelles et entreprend la construction parallèlement à son travail à la fonderie.
La diligence qu'il baptise Obéissante, carossée en tapissière, est achevée en 1873.
Méthodiquement, il commence les essais. Plus d'une fois l'Obéissante doit retourner à l'usine tirée par des chevaux. Ses deux fils, Amédée fils et Léon participent aux essais.
La chaudière trop lourde et peu puissante est remplacée par une chaudière Field  modèle plus performant et léger. Les chevaux ne sont bientôt plus mis à contribution pour ramener la machine qui s'avère de plus en plus fiable.
Ce n'est en 1875 qu'Amédée Bollée jugeant la voiture au point entreprend le grand voyage pour présenter son Obéissante à Paris. Si le voyage est long, c'est parce qu'à chaque nouveau département il faut obtenir l'autorisation de circuler! Arrivé à Paris, Porte Maillot et bloqué pour de bon, Amédée Bollée prend un fiacre et va faire le siège du préfet.
Dans les allées du bois de Boulogne, le préfet assiste à une si brillante démonstration, qu'il autorise sur le champ l'Obéissante à circuler dans Paris, où elle devient la coqueluche de la presse et du public.
Tous les articles dithyrambiques ne valent à son inventeur que des commandes ....... de tramways à vapeur.

L'Obéissante est exposée au Conservatoire des Arts et Métiers

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Elle pèse 4,8 tonnes. La chaudière est placée à l'arrière où un chauffeur devait se tenir, C'est une traction arrière. Le conducteur (ou mécanicien selon les termes vaporistes) n'est plus installé comme un cocher,
Les connaissances d'Amédée Bollée en fonderie et travail des métaux a abouti à un sans fautes tant au point de vue chassis et carrosserie qu'au point de vue roues.
Si l'habillage nous parait antique, il cache des solutions techniques plutôt futuristes.
C'est la première voiture à quatre roues indépendantes. Il faudra attendre les années 1920 pour voir apparaitre les premières roues indépendantes sur la train avant et encore 10 bonnes années sur le train arrière.
Elle possède un volant de direction, 20 ans avant les autres voitures à pétrole. La direction abandonne la cheville ouvrière des chars et diligences pour adopter les deux pivots, gage de stabilité.
Le volant commande la direction par chaines, chaque pivot étant équipé un excentrique qui permet de braquer sans ripage des roues. De plus, pour éviter de ressentir les cahots de la route, la direction est suspendue!
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A ce train avant, il ne manque que des amortisseurs encore à inventer.
Le rayon de braquage est impressionnant. La voiture peut faire un demi tour sur une route à deux voies sans avoir à faire de manoeuvres.
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Derrière ce capots se cache un des deux moteurs à 2 cylindres en V à 90° qui fournissaient 20 chevaux réels permettant une vitesse de pointe de 40 km/h.
Fonctionnel et design avant l'heure!
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La transmission se fait par chaînes, dispositif qui demeurera en vogue jusqu'au début des années 1900.
Du fait de la présence des deux moteurs, il n'est pas nécessaire de monter un différentiel.
Observez le sabot du frein qui agit sur l'arrière de la roue.
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L'accès à la voiture et au poste de conduite.
C'est là le seul défaut de conception de la voiture, car il était malaisé de se glisser entre le volant et la carrosserie pour y enter, Amédée Bollée l'a reconnu lui même.
Mais avait il d'autre choix, car à l'arrière il y a la chaudière et latérallement les moteurs?
Le volant à gauche est celui des freins qui agissent comme sur les diligences.
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Autre vue de l'avant.
Les roues sont légèrement braquées, chose banale pour nous, mais une première pour l'automobile.
Le père de la direction moderne était le bavarois Lankensperger qui l'avait conçue en 1816.
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L'arrière de l'Obéissante et la plateforme qui héberge le chauffeur.
50 ans après son expédition à Paris, l'Obéissante fut remise en pression à l'occasion de la 2ème édition des 24 heures du Mans.

L'Obeissante fut la première réalisation d'Amédée Bollée, mais pas la seule.
Avec la Mancelle (1878) il construisit plus léger (2750 kg) pour transporter 8 personnes à 35 km/h avec seulement 10 chevaux et innovant encore avec un moteur à 2 cylindres en ligne placé à l'avant, direction à crémaillère (la première!) et suspension avant à roues indépendantes à ressorts superposés transversaux, solution qui demeurera dans l'automobile jusqu'en 1965!
La Nouvelle (1880) reprend les lignes de l'Obeissante, mais avec une plus grande économie de charbon, une plus grande autonomie et une vitesse de pointe de 45 km/h grace à une puissance de 30 chevaux.
C'est la Nouvelle qui participera à la course Paris-Bordeaux-Paris en 1895, dont elle était favorite avec une vitesse de pointe de presque 60 km/h. Malheureusement, un chiffon oublié dans le tiroir pendant un ravitaillement va fausser le mécanisme et nécessitera de longues réparations en utilisant le foyer comme forge, mais elle réussira à finir la course.
Sa dernière réalisation, la Rapide (1883) fut le premier véhicule automobile à être capable de rouler à 60 km/h.
En 1886, échaudé par les frasques de La Cordier , l'homme d'affaires qui se targuait de vendre les voitures et qui n'en vendit aucune, devant reprendre la direction de la fonderie, Amédée Bollée cesse sa production de voitures, après s'être rendu compte que "l'avenir appartient au moteur tonnant fonctionnant au gaz de pétrole", 
Ses deux fils deviendront constructeurs de voitures à pétrole.
D'autres pionniers continueront à exploiter la vapeur en automobile, dont Henri et Léon Serpollet qui s'adjugèrent le record du monde de vitesse pure à 120,8 km/h en 1903 à Nice sur la Promenade des Anglais.